Lexique jardinage Berge

Berge

Longtemps perçue comme une simple bordure de terrain, la berge incarne bien davantage qu’un rivage passif. Elle structure le paysage, façonne les écosystèmes et subit les transformations imposées par les dynamiques naturelles comme par l’action humaine. Qu’elle borde un ruisseau champêtre, une lagune saumâtre ou un canal urbain, elle constitue un espace de transition riche, mouvant, et souvent méconnu. Ce cordon de terre, ni totalement sec ni immergé, abrite une diversité biologique notable, régule les flux d’eau et stabilise les sols. Elle est aussi l’un des premiers témoins des déséquilibres hydrauliques : montée des eaux, érosion, fluctuations du niveau hydrostatique. Les jardiniers qui aménagent ou observent ces zones à petite échelle, dans leurs bassins ou leurs mares, retrouvent à leur manière les enjeux posés à plus grande échelle par les berges naturelles.

Terrain en bord d’eau : de quoi parle-t-on exactement ?

La berge désigne la portion émergée d’un sol située au contact d’un plan ou d’un cours d’eau. Elle se distingue nettement de la rive, qui s’analyse selon une orientation (gauche ou droite, par rapport au sens du courant), tandis que la berge se décrit avant tout par sa configuration physique.
On évoque ainsi une berge en pente douce, une berge rocheuse ou encore une berge végétalisée.

Selon les contextes, cette interface peut prendre des formes très variées :

  • Au bord d’une rivière, elle marque la limite entre le lit mineur et les terres adjacentes
  • Dans les zones humides, elle est soumise aux niveaux fluctuants et parfois à l’influence saline
  • Sur le littoral, elle prend la forme d’une frange sableuse ou d’un cordon lagunaire, plus fréquemment qualifiée de plage ou de côte
  • Dans les aménagements anthropiques (canaux, bassins de rétention), elle est souvent consolidée par des structures artificielles

La topographie de la berge varie du talus abrupt à la faible déclivité et sa morphologie est influencée par la granulométrie des sols, la dynamique hydraulique locale, la végétation rivulaire et les usages environnants.

Constitution, typologies et dynamiques en présence

La berge est un objet composite, tant sur le plan géomorphologique qu’écologique. Sa structure se caractérise par plusieurs paramètres interdépendants : angle de pente, cohésion du sol, humidité permanente ou intermittente, couverture végétale plus ou moins dense.

Ces éléments conditionnent sa stabilité, son évolution et son potentiel biologique.

Les scientifiques, aménageurs et écologues distinguent plusieurs types de berges selon leur mode de formation et leur fonction écologique :

  • Berge naturelle : façonnée sans intervention humaine, elle offre un refuge précieux à la faune et favorise la régénération végétale spontanée. Elle tend à se raréfier, notamment dans les plaines agricoles et les zones urbanisées
  • Berge artificielle : aménagée à des fins de stabilisation, elle se compose de matériaux inertes (béton, géotextiles, palplanches) et présente une faible perméabilité biologique
  • Berge à vocation écologique : issue d’un aménagement maîtrisé, elle vise à favoriser la recolonisation végétale et animale tout en jouant un rôle de régulation hydraulique

Ces zones sont également soumises à une série de phénomènes physiques qui modifient leur structure :

  • Érosion des berges : provoquée par le courant, le ruissellement ou le batillage, elle entraîne l’effondrement progressif de la bordure
  • Étiages prolongés : les périodes de bas niveau d’eau exposent la base de la berge à l’assèchement et fragilisent les végétaux enracinés
  • Débits excédentaires ou fluctuants : une variation brutale du régime hydraulique peut provoquer un ravinement ou un glissement

Certaines espèces végétales contribuent fortement à la cohésion des berges. Les systèmes racinaires denses du phragmite, du salix ou du carex créent des ancrages naturels qui stabilisent le sol tout en offrant un abri à de nombreux invertébrés.

Ces plantations jouent aussi un rôle de filtration biologique, réduisant les intrants agricoles ou urbains.

Différenciation selon les disciplines et les milieux

Selon l’approche scientifique ou opérationnelle adoptée, la berge peut revêtir des fonctions distinctes. Le tableau suivant résume ces perspectives :

Champ d’étude Fonction de la berge Milieux concernés
Limnologie Zone tampon entre l’eau et le sol, support d’interactions biogéochimiques Lacs, étangs, réservoirs
Écologie fluviale Habitat pour la faune amphibie et les espèces hélophytes Rivières, bras morts, zones humides
Hydrogéographie Structure en perpétuelle mutation selon les dépôts et les retraits d’alluvions Fleuves, deltas, torrents
Navigation côtière Protection des bassins arrière, barrière sédimentaire Îles-barrières, lagunes, estuaires

Dans certaines zones fluviales françaises (sur la Durance ou le Doubs), des expérimentations visent à rétablir des berges mixtes : à la fois résistantes aux crues et ouvertes à la biodiversité.

Ces projets de requalification hydraulique, souvent portés par les agences de l’eau ou les parcs naturels, rappellent que la berge n’est pas qu’un talus, mais un espace vivant.

Aménager les abords d’un bassin avec une alternance de plantes de berge et d’espèces semi-aquatiques permet non seulement d’embellir l’espace, mais aussi de réguler les écoulements et de renforcer la stabilité des sols. Dans ce cadre, la berge devient une composante du jardin nourricier, paysager et écologique.