Lexique jardinage Chlorose

Chlorose

Feuilles qui pâlissent, nervures qui persistent dans un vert vif, croissance végétative qui piétine : le constat est sans appel. Une plante dans cet état n’est pas simplement fatiguée par les saisons ou le stress hydrique. Elle est probablement victime de chlorose. Cette pathologie, discrète mais fréquente, affecte le métabolisme des végétaux en entravant la synthèse de la chlorophylle, pigment indispensable à leur vitalité. Sur le terrain, le phénomène touche aussi bien les jardins familiaux que les productions maraîchères, les haies urbaines ou les arbustes d’ornement. Le fer n’est pas toujours absent du sol, mais son assimilation peut être entravée. En cause : un pH trop élevé, une saturation en calcaire actif, ou encore un excès d’humidité. La chlorose est donc souvent un symptôme plus qu’un mal en soi, révélateur d’un terrain déséquilibré ou mal adapté aux besoins des plantes. Voici ce qu’il faut savoir pour mieux la reconnaître, l’anticiper et intervenir de façon adaptée.

Symptômes visibles et évolution de la chlorose

La chlorose ferrique se caractérise par une décoloration progressive des feuilles, à commencer par les plus jeunes. Le limbe prend une teinte jaune clair, presque translucide, tandis que les nervures restent nettement vertes. Ce contraste internervaire constitue l’un des marqueurs les plus fiables du diagnostic.

Au fil du temps, l’affection entraîne un ralentissement de la photosynthèse, ce qui provoque une baisse de croissance, une floraison capricieuse ou absente, et dans les cas sévères, une nécrose des tissus végétaux. Les feuilles desséchées peuvent tomber prématurément, laissant les rameaux à nu.

Origines chimiques et physiques de la chlorose

La chlorose résulte d’un déficit d’assimilation de micronutriments indispensables à la synthèse de la chlorophylle. Bien que le fer soit en cause dans la majorité des cas, d’autres éléments interviennent également :

  • manganèse (Mn)
  • zinc (Zn)
  • magnésium (Mg)
  • azote (N)
  • fer (Fe), principal oligo-élément concerné

Ces nutriments peuvent être présents en quantité suffisante, mais leur disponibilité est souvent compromise par des conditions environnementales défavorables. Les principaux facteurs aggravants sont :

  • un sol trop calcaire, contenant du carbonate de calcium actif, qui bloque l’assimilation du fer
  • un excès d’eau stagnante, qui asphyxie les racines
  • un substrat trop sec, qui empêche la circulation des éléments nutritifs
  • un pH élevé, supérieur à 7, défavorable à la mobilisation du fer
  • une exposition inadéquate à la lumière (trop d’ombre ou de soleil direct)

Dans les sols argilo-calcaires, le phénomène est particulièrement récurrent, surtout en climat humide ou après des épisodes de pluies intenses.

Espèces végétales les plus vulnérables

Certaines espèces végétales sont notoirement sensibles à la chlorose, en particulier celles qui exigent un sol acide ou légèrement acide. La vigne, notamment Vitis vinifera, présente une vulnérabilité fréquente dans les terrains calcaires du sud et de l’est de la France.

Les arbres fruitiers à noyaux, comme les pêchers, abricotiers et cerisiers, y sont également exposés, tout comme les agrumes en culture méditerranéenne ou en bac.

Parmi les plantes ornementales, les espèces de terre de bruyère telles que les rhododendrons, azalées, camélias ou hydrangeas, souffrent particulièrement en sol alcalin.

Les végétaux cultivés en pot ne sont pas en reste, car le volume de substrat limité, souvent pauvre en microéléments, accentue le risque de carences.

Prévenir la chlorose par des pratiques adaptées

Pour éviter l’apparition de la chlorose, l’approche la plus efficace repose sur l’adaptation des pratiques culturales à la nature du sol. Dans un sol argileux ou compact, il est conseillé d’améliorer le drainage afin de limiter l’engorgement.

En période estivale, un arrosage régulier mais modéré, complété par un paillage organique, permet de maintenir une humidité constante sans excès.

Il est également recommandé d’adapter les plantations au pH du sol. Cultiver des plantes calcifuges en terrain calcaire augmente fortement le risque de chlorose.
Un apport régulier de matière organique, comme du compost ou du fumier bien décomposé, permet d’améliorer la structure du sol et de favoriser une meilleure rétention des oligo-éléments.

Les plantes en pot nécessitent une attention particulière : elles doivent bénéficier d’un substrat de qualité et d’un apport régulier en éléments nutritifs, en particulier lors des phases de croissance active.

Voici un tableau récapitulatif des sensibilités aux variations de pH selon les espèces :

Plante Type de sol préféré pH toléré Risque de chlorose
Rhododendron Acide, humifère 4,5 à 5,5 Élevé dès pH 6
Vigne Bien drainé, calcaire toléré 6,0 à 7,2 Modéré dès pH 7,5
Pêcher Léger, limono-sableux 6,0 à 6,8 Élevé au-delà de 7
Camélia Acide, frais 5,0 à 6,0 Très élevé dès pH 6,5
Rosier Neutre à légèrement acide 6,0 à 7,0 Faible jusqu’à 7,2

Intervenir efficacement en cas de chlorose avérée

Lorsqu’une plante présente déjà des signes manifestes de chlorose, il est possible d’agir, à condition de ne pas attendre que les tissus soient irréversiblement nécrosés.

Le recours à des purins végétaux, comme ceux d’ortie ou de prêle, permet de fournir un apport naturel en fer et en minéraux. Ces extraits fermentés sont à diluer dans l’eau, puis à appliquer au pied ou en pulvérisation foliaire de façon régulière.

Dans les cas plus avancés, l’utilisation de produits contenant du fer chélaté s’avère efficace. Ces formules spécifiques, conçues pour rester assimilables même en sol alcalin, permettent de corriger la carence plus rapidement. Certains produits s’appliquent directement sur les feuilles pour un effet immédiat.

Avant toute intervention, il peut être pertinent de réaliser une analyse du sol. Les kits disponibles dans le commerce permettent de mesurer le pH et la teneur en oligo-éléments, afin de cibler précisément les apports nécessaires.

Corriger un déséquilibre dès son apparition reste la stratégie la plus sûre pour préserver la vigueur des plantations et limiter les pertes. Une surveillance attentive et des gestes préventifs adaptés constituent les meilleurs alliés du jardinier.