Les amateurs de jardinage le découvrent souvent au détour d’une étiquette ou d’un catalogue spécialisé : certaines plantes affichent un nom entre guillemets, accolé à leur appellation latine. Derrière cette mention se cache une réalité centrale du monde horticole : le cultivar. Ce mot, contraction de cultivated variety, désigne une plante sélectionnée par l’humain pour des qualités précises. Résistance à une maladie cryptogamique, floraison prolongée, fructification précoce, couleur inhabituelle ou port plus compact : les raisons de créer un cultivar sont aussi nombreuses que variées. Les cultivars ne sont pas des variétés sauvages modifiées par hasard, mais des plantes issues d’un processus de sélection rigoureux, encadré par des règles strictes de nomenclature et, parfois, de propriété intellectuelle.
Une variété cultivée, pas une espèce sauvage
Le cultivar se distingue clairement de la variété botanique et tandis que cette dernière se développe de manière spontanée dans la nature, un cultivar naît d’un choix humain. Il peut s’agir :
- d’un croisement dirigé entre deux plantes sélectionnées
- d’une mutation observée puis multipliée
- d’une sélection clonale sur une population homogène
- ou d’une greffe perpétuant un individu unique
Le résultat n’est pas forcément reproductible par semis et c’est là une différence majeure : la descendance d’un cultivar semé peut diverger fortement de la plante mère, tant au niveau de la forme que du comportement.
La multiplication végétative (par bouturage, marcottage ou greffage) devient alors la seule voie fiable pour conserver ses caractéristiques.
Une désignation normée, encadrée par un code international
La dénomination des cultivars répond à une nomenclature précise, définie par le CINPC (Code international pour la nomenclature des plantes cultivées).
Cette réglementation impose une structure claire :
- le genre et l’espèce, en italique et en latin
- suivis du nom du cultivar entre guillemets simples
Exemples :
- une espèce botanique : Citrus aurantiifolia (le citronnier des Antilles)
- un cultivar : Citrus limon ‘4 saisons’ (le citron des 4 saisons)
La mention d’un « x » entre deux noms indique, quant à elle, un hybride entre deux espèces différentes.
Des plantes encadrées, parfois même sous contrat
Certains cultivars sont protégés par des droits de propriété, équivalents à ceux d’une marque déposée. Dans ce cas, le producteur ne peut pas multiplier ou commercialiser la plante librement : il doit signer un contrat de licence et se conformer à un cahier des charges.
Ces dispositions sont fréquentes dans le domaine des rosiers, des plantes annuelles à fleurs ou des fruitiers à haut rendement.
La commercialisation de ces cultivars s’accompagne parfois d’un nom de marque, différent de leur nom botanique, utilisé à des fins marketing. Ce nom commercial ne permet pas d’identifier avec précision le végétal, mais facilite sa diffusion auprès du grand public.
Une réalité omniprésente en agriculture comme au jardin
Aujourd’hui, la majorité des plantes cultivées dans les jardins ou les exploitations agricoles sont des cultivars. Les variétés botaniques, plus instables ou moins productives, sont devenues marginales, sauf chez certains producteurs bio ou collectionneurs.
Voici un aperçu comparatif entre variétés botaniques et cultivars :
Critère | Variété botanique | Cultivar |
---|---|---|
Origine | Naturelle | Création ou sélection humaine |
Stabilité des caractères par semis | Oui | Non |
Mode de multiplication recommandé | Semis | Multiplication végétative |
Protection juridique | Aucune | Parfois breveté ou sous licence |
Objectif principal | Adaptation naturelle | Amélioration ciblée (rendement, esthétique…) |
Présence dans le commerce | Faible | Très répandue |
Le cultivar incarne l’alliance de la science et de la sensibilité horticole. Il permet d’adapter les plantes aux attentes esthétiques, alimentaires ou environnementales des jardiniers contemporains.
Il participe aussi à la patrimonialisation du végétal, en rendant accessibles au plus grand nombre des plantes exceptionnelles, autrefois réservées à une élite de collectionneurs.