La tavelure s’infiltre silencieusement dans les vergers dès les premières douceurs du printemps. Ce champignon, redouté pour sa capacité à ruiner une récolte entière, trouve dans les pommiers et poiriers un terrain d’expression privilégié. Fréquente dans les jardins privés comme dans les vergers professionnels, la maladie engendre des déformations, des fendillements et des taches sombres sur les fruits. Elle épuise aussi les arbres à force de provoquer des chutes précoces de feuilles. Les jardiniers les plus attentifs savent qu’un simple épisode pluvieux peut relancer la propagation des spores. Entre vigilance accrue et pratiques culturales raisonnées, lutter contre la tavelure impose une approche globale. Car une fois installée, la maladie s’ancre durablement dans l’environnement immédiat de l’arbre.
Indices visibles de contamination
Le signal d’alerte apparaît généralement au printemps : des taches brun-verdâtre, parfois légèrement duveteuses, s’installent sur les feuilles encore jeunes. Celles-ci se déforment, se dessèchent par endroits, et finissent par tomber.
Les fruits, eux, n’échappent pas à l’attaque : ils se couvrent de marques brunes, deviennent rugueux au toucher, se fendent ou se forment de manière asymétrique.
La qualité gustative reste intacte mais l’apparence des fruits est sévèrement compromise, au point de les rendre non commercialisables. Les jeunes rameaux ne sont pas épargnés non plus : leur extrémité peut sécher, ce qui freine la croissance de l’arbre sur la saison.
Un champignon saisonnier et opportuniste
La tavelure est provoquée par deux champignons du genre Venturia : Venturia inaequalis s’attaque aux pommiers, tandis que Venturia pirina touche les poiriers.
Tous deux exploitent les phases humides du printemps pour se répandre. Ils hivernent discrètement dans les feuilles mortes et fruits restés au sol, formant des périthèces, sortes de réservoirs de spores.
À la fin de l’hiver, dès que les températures avoisinent les 12 °C et que l’humidité dépasse les 80 %, ces spores germent. Le moindre souffle de vent ou une goutte de pluie suffit alors à les disperser. En trois semaines, de nouvelles taches se forment, et le cycle recommence.
Réduire l’impact de la tavelure au jardin
Dans les régions où le printemps est souvent pluvieux, certaines variétés de pommiers et poiriers s’avèrent peu adaptées car très sensibles à la tavelure.
Il convient d’éviter notamment :
- Golden Delicious
- Reinette blanche du Canada
- Cox’s Orange Pippin
- Beurré Hardy (poirier)
- Doyenné du Comice et Louise Bonne d’Avranches
À l’inverse, d’autres cultivars affichent une bonne résistance, qu’il s’agisse de variétés anciennes ou issues de sélections modernes :
- Court-Pendu gris, Reinette du Mans, Patte de Loup (anciennes variétés rustiques)
- Florina, Goldrush, Liberty, Belle de Boskoop (sélections modernes robustes)
- Ariane, Akane, Melrose (variétés récentes à bonne tenue sanitaire)
Adopter des traitements modérés et ciblés
La lutte chimique traditionnelle, reposant sur des fongicides systémiques, pose aujourd’hui de sérieuses questions environnementales. Le fenbuconazole, molécule largement utilisée, nuit gravement aux équilibres biologiques. Mieux vaut privilégier des approches plus douces, réparties sur la saison.
Voici les traitements les plus utilisés dans une optique raisonnée :
- au stade du débourrement : pulvérisation de bouillie bordelaise (20 g par litre)
- après la floraison : soufre mouillable (6 g pour 10 L d’eau), à renouveler toutes les 2 à 3 semaines
- en complément : purin d’ortie, décoction de prêle, extraits d’algues marines
- certaines huiles essentielles (comme celle d’arbre à thé) peuvent compléter ce protocole
Les traitements doivent être suspendus en cas de forte chaleur ou de floraison, afin de préserver les insectes pollinisateurs et la santé des arbres.
Nettoyage automnal : un geste décisif
L’entretien du verger à l’automne reste une étape capitale : une grande partie des spores responsables des infections printanières provient des feuilles tombées et non ramassées.
Voici les gestes recommandés dès la chute des feuilles :
- ramasser les fruits malades et les feuilles mortes
- évacuer ces déchets par brûlage (là où c’est autorisé) ou compostage à chaud
- griffer légèrement le sol pour accélérer la décomposition des matières organiques
Limiter les réservoirs hivernaux de spores reste l’une des armes les plus efficaces pour enrayer les premières contaminations de l’année suivante.
Voici un tableau récapitulatif des principales variétés face à la tavelure :
Nom de la variété | Type d’arbre | Niveau de sensibilité | Origine géographique |
---|---|---|---|
Golden Delicious | Pommier | Forte | États-Unis |
Reinette blanche du Canada | Pommier | Forte | France |
Liberty | Pommier | Faible | New York |
Ariane | Pommier | Faible | INRAE Angers |
Beurré Hardy | Poirier | Forte | France |
Louise Bonne d’Avranches | Poirier | Forte | Normandie |
Florina | Pommier | Faible | France |
Patte de Loup | Pommier | Faible | Maine |